Votre CV ouvre la porte. Il ne fait jamais la visite
Je ne sais pas si vous êtes comme moi, j'adore les Journées du Patrimoine.
Cette année, j'ai fait des infidélités à la Bretagne pour découvrir une partie du Périgord noir. Des paysages magnifiques et des châteaux chargés d'histoire (l'Herm, Losse et Hautefort).
Ce qui m'a frappé, ce n'est pas un monument en particulier. C'est la multitude.
Les vieilles pierres pour les uns. Les jardins pour les autres. Les archives, les blasons, les charpentes, les légendes de famille.
Il y en a pour tous les goûts, et personne ne visite le même château.
Un patrimoine, ce n'est jamais une façade. C'est une accumulation de couches, de siècles, de mains qui ont construit, raté, recommencé.
Et puis j'ai pensé aux personnes en recherche d'emploi que j'accompagne.
Elles font souvent exactement l'inverse.
Elles prennent une vie entière : les diplômes, les réussites, les échecs, les reconversions, les rencontres, les passions du week-end, les années qui ont forgé un caractère, et elles compressent tout ça dans deux pages A4 aseptisées.
Un CV.
Police 11, marges symétriques, verbes d'action calibrés. Un document conçu pour ne déranger personne, et qui finit par ne raconter personne.
On se présente comme une fiche technique alors qu'on est un "patrimoine" entier.
Arrêtons ça.
Vous n'êtes pas une liste de postes occupés. Vous êtes une histoire avec ses ruines, ses restaurations, ses jardins en friche et ses pièces qu'on n'a pas encore ouvertes.
Ce licenciement qui vous a mis à terre : c'est une aile reconstruite.
Cette passion qui n'a rien à voir avec votre métier : c'est le jardin qui fait venir les gens.
Ces dix ans dans un secteur que vous avez quitté : des fondations, pas une erreur.
Le CV ouvre la porte. Il ne fait jamais la visite.
Alors la prochaine fois qu'on vous demande de vous résumer, refusez poliment.
Et faites visiter.
Suivez le guide





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