Recrutement : le mythe du candidat ultra-motivé !
- srodocanachi
- il y a 1 jour
- 3 min de lecture
Soyons clairs. Je ne comprends pas pourquoi « se renseigner sur l’entreprise » est érigé en règle d’or absolue, en passage obligé du candidat modèle, conseillé en boucle par les recruteurs de France et de Navarre.
Et quand je parle de recruteurs, je mets tout le monde dans le même sac : cabinets, chasseurs de têtes, RH de tous horizons… et bien sûr managers et leaders impliqués dans le recrutement.
Le mythe du candidat parfait… surtout pour l’ego du recruteur
Si je me glisse dans les chaussons de ces experts, je pourrais entendre l’argument : "Cela prouve l’intérêt du candidat pour l’entreprise",
Mieux : "c’est LE signe ultime de sa motivation".
Et jackpot si, en plus, le candidat a disséqué l’actualité, analysé le marché, et se permet même une vision stratégique à 10 ans. Là, on frôle l’extase.
Mais soyons honnêtes : ce rituel valorise surtout l’ego du recruteur : « Il s’est renseigné parce que mon entreprise est formidable. » Par ricochet, cela me rassure sur l’entreprise, mon rôle et mes choix.
Une question faussement neutre
La fameuse question : « Que connaissez-vous de notre entreprise ? »
Sous ses airs anodins, elle place le candidat en position basse. Comme un élève interrogé par un professeur sur une leçon qu’il était censé apprendre.
Et là, de vraies questions méritent d’être posée :
Quelle(s) compétence(s) cherche-t-on réellement à évaluer ?
Quelle conclusion fiable peut-on tirer de la réponse pour juger la pertinence d’une candidature ?
Personnellement, je ne pose jamais cette question. Pourquoi ? Parce que je ne recrute pas de « bons élèves ». Je recrute des professionnels capables de répondre à un besoin précis.
Le moment où tout déraille
Allons plus loin. Poser cette question en début de process est, à mes yeux, totalement hors sujet.
Faisons une analogie simple, avec la séduction (le recrutement n’en est jamais très loin). C’est comme demander à quelqu’un, au premier rendez-vous : « Est-ce que tu veux te marier avec moi ? »
Incongru, non ? Pour beaucoup de candidats, demander « pourquoi ils veulent rejoindre votre entreprise » à ce stade-là est tout aussi violent. Oui, il y a un intérêt mutuel, une envie de se découvrir. Mais de là à une déclaration d’amour… il y a un monde.
Nuance pour les « conservateurs »
Je vais nuancer mon propos.
Cette question peut avoir du sens à la fin du process, formulée autrement, par exemple : « Maintenant que nous sommes à l’ultime étape, qu’est-ce qui vous intéresse dans cette opportunité ? » Et osons aller plus loin : « Quelles limites éventuelles voyez-vous dans ce poste ?»
Attention : ce ne sont pas des questions pièges, ni pour le candidat, ni pour le recruteur.
Le vrai piège… c’est le recruteur lui-même
Pourquoi cette question peut-elle devenir un piège pour le recruteur ? Parce que si l’objectif n’est pas clair, on tombe vite dans la posture façon Louis de Funès dans La Folie des grandeurs : « … et maintenant Blaze, flattez-moi ! »
Résultat : interprétation, surinterprétation, biais cognitifs à la chaîne : « Il a dit ça, donc ça veut dire ça… » Le fameux faux ami de la décision rationnelle.
La bonne posture : la projection, pas la récitation
En revanche, posée avec sincérité, cette question ouvre à un exercice passionnant : la projection. C’est là que tout se joue, pour comprendre : l’intérêt réel, la prise de recul, l’enthousiasme et l’alignement entre le candidat, le poste et l’environnement
Posture, discours, drivers, cohérence… tout devient lisible.
Le vrai objectif du recrutement
Le rôle du recruteur n’est pas de tester la capacité d’un candidat à réciter une leçon bien apprise. Son objectif est simple et exigeant : accumuler des éléments tangibles pour prendre une décision éclairée et, si nécessaire, ajuster l’expérience candidat pour remporter la décision.
Et vous, recruteurs, managers, candidats : 👉 Question indispensable ou réflexe obsolète ?
Le débat est ouvert.





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